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Chaque année, Gallup publie l'étude la plus complète au monde sur l'expérience des employés. Le rapport 2026 vient de sortir, et son sous-titre donne le ton : "The Human Side of the AI Revolution". Un signal fort. Cette année, Gallup ne parle plus seulement d'engagement. Il parle de la grande question qui mobilise toutes les directions : comment l'intelligence artificielle transforme, ou ne transforme pas, le monde du travail.
Voici ce que vous devez retenir, chiffres à l'appui.
C'est le signal d'alarme central du rapport 2026 : l'engagement mondial des employés a reculé à 20%, contre 21% l'année précédente. C'est la première fois depuis plus d'une décennie que l'engagement baisse deux années de suite. Et c'est le niveau le plus bas enregistré depuis 2020, l'année du COVID.
Pour mettre les chiffres en perspective : en 2022, l'engagement mondial avait atteint son pic historique à 23%. En trois ans, trois points se sont effacés. Chaque point représente environ 21 millions de travailleurs dans le monde. Ce n'est pas une nuance statistique, c'est une tendance de fond.
Et le coût ? Selon Gallup, le désengagement a coûté à l'économie mondiale environ 10 000 milliards de dollars en perte de productivité l'an dernier, soit 9% du PIB mondial.
Bonne nouvelle relative : sur le long terme, l'engagement reste 8 points plus élevé qu'en 2009, première année de mesure. Le recul est réel, mais il ne gomme pas les progrès des quinze dernières années.
Le rapport 2025 avait sonné une première alarme : une baisse de l'engagement mondial de 23% à 21%, avec les managers comme principal facteur explicatif. L'engagement des managers était passé de 30% à 27%. Un choc.
Le rapport 2026 confirme et aggrave ce constat. L'engagement des managers a chuté de 5 points cette année, de 27% à 22%, soit une perte totale de 9 points depuis le pic de 2022 à 31%.
Mais la grande nouveauté du rapport 2026, c'est l'entrée de l'intelligence artificielle comme fil rouge de l'analyse. Absent comme thème structurant en 2025, l'IA occupe cette année une place centrale. Et les résultats sont pour le moins dérangeants.
Les entreprises investissent massivement dans l'IA. Mais selon une étude du MIT citée dans le rapport, 95% des organisations n'ont observé aucun impact mesurable sur leurs profits malgré environ 40 milliards de dollars d'investissements. Une enquête du NBER portant sur près de 6 000 dirigeants dans quatre pays confirme : 89% d'entre eux ne constatent aucun effet sur la productivité du travail.
Pourtant, à l'échelle individuelle, les résultats sont positifs : 65% des employés américains dans des organisations ayant déployé l'IA disent qu'elle a eu un impact positif sur leur propre productivité. Mais seulement 12% affirment qu'elle a transformé la façon dont le travail se fait dans leur organisation.
Il y a donc un paradoxe clair : l'IA aide les individus, mais ne transforme pas encore les organisations. Et selon Gallup, la clé de cette équation, c'est le manager.
Dans les organisations qui ont déployé l'IA, les employés dont le manager soutient activement l'utilisation de ces outils sont 8,7 fois plus susceptibles d'affirmer que l'IA a transformé leur façon de travailler, et 7,4 fois plus susceptibles d'estimer qu'elle leur ouvre de nouvelles opportunités pour donner le meilleur d'eux-mêmes.
Pourtant, moins d'un tiers des employés américains dans ces organisations affirment que leur manager soutient activement l'adoption de l'IA. En Allemagne, ce chiffre tombe à 21%.
Le verdict de Gallup est sans appel : dans la révolution IA, le manager est le facteur décisif. Pas la technologie. Pas le budget. Le manager.
Après une période de déclin, le bien-être mondial des employés a progressé d'un point, passant de 33% à 34% de travailleurs "en épanouissement". C'est modeste, mais c'est la première hausse en trois ans. L'Europe et l'Amérique Latine affichent les plus fortes progressions (+2 points chacune).
Les émotions négatives au quotidien, stress, colère, tristesse, restent toutefois au-dessus des niveaux d'avant-pandémie. Le mieux-être est réel, mais fragile.
Les données belges méritent une attention particulière. Selon le rapport 2026, seulement 11% des employés belges se déclarent engagés dans leur travail. C'est en dessous de la moyenne européenne, déjà faible à 12%, et bien en deçà de la moyenne mondiale de 20%.
Pour rappel, dans le rapport 2025, ce chiffre était de 10%, la Belgique gagne donc un point, ce qui constitue une légère amélioration. Mais le niveau reste structurellement bas. Sur les autres indicateurs, le tableau est plus nuancé : 60% des employés belges se déclarent "en épanouissement" (thriving), un chiffre nettement supérieur à la moyenne mondiale de 34% et parmi les meilleurs d'Europe. Le marché de l'emploi est perçu positivement par 66% des travailleurs belges, l'un des scores les plus élevés du continent. En revanche, 43% des employés belges déclarent ressentir du stress quotidiennement, un niveau légèrement supérieur à la moyenne européenne de 39%.
La Belgique présente donc un profil paradoxal : des travailleurs globalement épanouis dans leur vie, mais peu engagés dans leur travail. Un écart qui mérite réflexion, et qui rappelle que bien-être et engagement ne sont pas synonymes. L'un peut exister sans l'autre, mais c'est rarement suffisant pour une organisation performante sur le long terme.
Le rapport 2026 n'est pas une liste de mauvaises nouvelles. C'est une carte de navigation. Il indique clairement où se trouvent les leviers d'action.
L'IA ne se déploie pas seule. Elle a besoin de managers qui la portent, qui l'expliquent, qui accompagnent leurs équipes dans ce changement. Et pour ça, ces managers doivent eux-mêmes être engagés, soutenus et outillés.
La chute de 9 points en trois ans n'est pas arrivée du jour au lendemain. Elle s'est construite progressivement, sous le radar, dans des équipes où personne n'a détecté les signaux faibles à temps. Un suivi régulier du ressenti des managers, distinct de celui des collaborateurs, est désormais indispensable.
Que vos équipes utilisent l'IA et en soient satisfaites est une bonne chose. Mais si cela ne se traduit pas par des changements dans les processus collectifs, la valeur reste limitée. C'est un travail de culture autant que d'outil.
Le rapport Gallup 2026 pose une question simple, mais vertigineuse : dans un monde où la technologie avance à toute vitesse, êtes-vous en train d'investir dans la bonne variable ? Les données montrent que cette variable, c'est l'humain. Et au cœur de cet humain, c'est le manager.
Sources : Gallup, State of the Global Workplace: 2026 Report ; Gallup, State of the Global Workplace: 2025 Report.

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